Frère Benoît-Marie Florant
Couvent Saint-Thomas-d'Aquin à Lille
Frère Benoît-Marie Florant
Couvent Saint-Thomas-d'Aquin à Lille
“Déjà un peu plus de deux semaines de carême ! Au cours de ce long parcours vers le baptême et la résurrection, nous cheminons à côté des catéchumènes. Et nous nous arrêtons aujourd’hui au bord d’un puits, avec Jésus. Il nous guide dans la voie de l’adoration véritable, et nous fait puiser à l’eau de la vie éternelle qui jaillira de son côté. Laissons-le aiguiser notre soif.
Évangile
Jean 4, 5-15.19b-26.39a.40-42
En ce temps-là, Jésus arriva à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph. Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source. C’était la sixième heure, environ midi. Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » – En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter des provisions. La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » – En effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains. Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : ‘Donne-moi à boire’, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. »
Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu donc cette eau vive ? Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? »
Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. »
La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. Je vois que tu es un prophète !... Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. »
Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. »
La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. »
Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. »
Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus. Lorsqu’ils arrivèrent auprès de lui, ils l’invitèrent à demeurer chez eux. Il y demeura deux jours.
Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de sa parole à lui, et ils disaient à la femme : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »
Depuis quelques mois, notre presse nationale se fait l’écho d’un étonnant débat outre-Atlantique : faut-il communier sur un banc de communion, comme les kneelers, ou bien debout en procession ? Derrière le cas pratique, que votre sagacité résoudra, c’est bien la question que la Samaritaine posait à Jésus. Où et comment adorer Dieu ?
Adorer n’est pas d’abord une attitude corporelle. C’est, nous dit Jésus, une affaire de disposition du cœur et de l’intelligence. « Les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. » Non pas que les gestes, les lieux, les rites soient sans importance. Mais l’Écriture nous met en garde, page après page, contre le faux culte : rendre à Dieu ce qui n’est pas à sa hauteur. Les prophètes sont d’une sévérité étonnante : vos sacrifices, je les tiens en horreur. Et cela dans une religion où le culte consistait précisément en des sacrifices offerts au Temple !
Romano Guardini l’exprime avec une grande justesse :
« Devant la grandeur de Dieu, l’homme s’incline. Et cela non pas seulement en fait, en cédant à Dieu parce qu’il a pris conscience de sa petitesse. Il lui cède de l’intérieur, dans l’espace de la prière, pieusement. Non pas seulement jusqu’à un certain point, ni même très profondément ou avec une grande disponibilité, mais d’une manière totale, définitive, en tant que créature devant son créateur : c’est l’adoration. »
L’adoration n’est pas la seule modalité de la prière, elle en est la plus fondamentale. Avant même l’action de grâce, avant même de remercier Dieu pour la Croix et pour le salut, notre esprit consent à Dieu tel qu’il est. Il reconnaît sa grandeur et accepte de recevoir sa vie de Lui.
Alors pourquoi prier sur les montagnes, comme le Sinaï, le mont du Temple ou le Garizim ? Pourquoi le paysage grandiose de votre dernière randonnée vous a-t-il poussé à lever les yeux vers le Ciel ? Est-ce l’expérience de la hauteur, du sommet, de l’horizon, de l’immensité ? Mais ce serait lâcher la proie pour l’ombre si nous nous arrêtions là. Nous n’adorons pas la montagne ; nous adorons le Dieu invisible, l’au-delà de tout.
En posant ce fondement de la prière dans notre carême, plus largement dans notre vie, nous serons alors disposés à entrer plus avant encore, dans la relation à Dieu. Cette distance, cette grandeur qui s’impose à nous, Dieu veut aussitôt la dépasser, la franchir comme on franchit un précipice, pour nous faire entrer dans l’intimité de sa propre vie divine. Car c’est rien moins que cela, cette eau vive : la source des sources, l’origine du créé, au matin du premier jour de la création, et l’origine du recréé, au matin du huitième jour.
N’est-ce pas ce que Dieu offre justement à cette femme de Samarie ? Sans connaître encore le Christ, notre Samaritaine a soif. Elle ne sait pas vraiment de quoi. Sa vie est blessée, fragmentée, inquiète. Mais elle a gardé intacte la place de l’Espérance et du désir. Elle est attirée par cette promesse de l’eau vive, horizon du rafraîchissement, du rassasiement où s’éteignent nos souffrances et nos peurs. Le Christ nous propose de nous abreuver à cette vie-là, cette vie qu’il partage avec son Père, exactement comme il l’a proposé à cette femme. Il nous demande simplement d’avoir soif.
Frères et sœurs, pendant ces semaines qui nous séparent de Pâques, je vous invite à faire cette expérience : ne pas étancher trop vite votre soif, laisser grandir en vous la soif de Dieu, la soif d’éternité, afin que le Christ puisse vous donner cette eau vive qui jaillit en vie éternelle.
Jésus, mon maître et Seigneur,
tu sais tout, tu sais bien que je t’aime,
tu sais tout, tu sais bien que je t’aime,
tu sais bien que je t’aime.
Contrechants :
Celui qui m’aime, mon Père l’aimera ;
Nous viendrons à lui,
nous ferons chez lui notre demeure.
Je t’aime Seigneur, ma force, mon roc,
ma forteresse, mon libérateur,
le rocher qui m’abrite,
mon bouclier, mon arme de victoire.
Auprès de toi, ma forteresse, je veille.
Oui, mon rempart, c’est Dieu,
le Dieu de mon amour.
Interprété par Choeur dans la ville
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