Frère Jean-Baptiste Rendu
Couvent Saint-Thomas-d'Aquin à Lille
Frère Jean-Baptiste Rendu
Couvent Saint-Thomas-d'Aquin à Lille
“Fête-Dieu, fête du Corps et du Sang du Seigneur, fête du Saint-Sacrement… Autant de noms, frères et sœurs, pour désigner ce deuxième dimanche après la Pentecôte. En ce jour, la liturgie nous invite à célébrer d’une manière toute solennelle la présence réelle du Christ au milieu de nous. Instituée au Moyen Âge, cette fête nous rappelle que Jésus accomplit sa promesse : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » En entrant dans cette célébration, ouvrons humblement nos cœurs à sa présence vivante, transformante. Accueillons le Christ qui se donne en nourriture pour la vie du monde.
Évangile
Jean 6, 51-58
En ce temps-là, Jésus disait aux foules des Juifs : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. » Les Juifs se querellaient entre eux : « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui. De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. Tel est le pain qui est descendu du ciel : il n’est pas comme celui que les pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »
« As-tu la banane ? », « As-tu la frite ? », « Es-tu dans les choux ? », « Es-tu déjà tombé dans les pommes ? », « Racontes-tu des salades ? », « As-tu la pêche ? », « Arrête de faire du boudin ! »…
Cela ne fait aucun doute : notre langue française regorge de goût et de saveur en tout genre ! Et, chose étonnante, elle puise très souvent dans le champ sémantique de la nourriture pour parler de notre état intérieur. Ainsi, par le biais de ces expressions familières, il nous est possible d’exprimer ce qui nous traverse : la joie ou la fatigue, la vérité ou le mensonge, l’enthousiasme ou le repli sur soi. Comme si, spontanément, nous pressentions qu’il existe un lien profond entre ce que nous « mangeons » et ce que nous « sommes ».
D’ailleurs, un philosophe ne s’est pas gêné pour dire que « l’homme est ce qu’il mange ». Et j’ai bien envie d’ajouter : dis-moi ce que tu consommes, ce que tu laisses entrer en toi - et pas seulement dans ton corps, mais aussi dans ton cœur et dans ton esprit - et je te dirai qui tu es !
Eh oui, nous le savons que trop bien : il n’y a pas que les mets de nos plats et de nos tables qui nous nourrissent. Nous nous nourrissons aussi de paroles, d’images, de relations, d’affections. Nous nous nourrissons de ce que nous écoutons, de ce que nous regardons, de ce que nous méditons. Et tout cela façonne en profondeur notre manière d’être, de penser, d’aimer. Dans cette perspective, les paroles de Jésus prennent une force particulière, presque déroutante : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. » Parole rude, difficile à entendre, je vous l’accorde. Et vous ne seriez pas les premiers à le manifester ! Elle a d’ailleurs scandalisé et divisé les premiers auditeurs de Jésus. À tel point que certains prennent même la décision de prendre leur distance avec lui : « À partir de ce moment-là », nous dit l’évangéliste Jean, « beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner » (Jn 6, 66).
Mais Jésus n’en démord pas. Avec ces paroles, il veut nous faire comprendre quelque chose d’essentiel : la vie véritable ne vient pas seulement de ce que nous faisons, ni même de ce que nous pensons, mais de celui qui veut nous nourrir de son corps et de son sang. Autrement dit, frères et sœurs : de quoi voulons-nous vivre ? De qui voulons-nous faire dépendre notre vie ? Si l’on se contente d’une nourriture éphémère, ne nous étonnons pas que notre cœur finisse par crier famine. Mais si nous nous nourrissons du Christ, si nous accueillons sa Parole, si nous recevons son corps livré et son sang versé, alors quelque chose de radicalement nouveau se produit : sa vie devient notre vie.
L’Eucharistie n’est pas un symbole parmi d’autres. Elle est une nourriture réelle, vitale. Elle est ce pain qui n’a pas vocation à nous remplir l’estomac, mais à nous transformer, en nous rendant semblables à lui. En communiant, nous entrons dans une relation de vie, nous consentons à être peu à peu configurés au Christ.
Alors, frères et sœurs, la vraie question n’est peut-être plus seulement : « As-tu la pêche ? » ou « As-tu la frite ? » mais plutôt : « De quoi veux-tu te nourrir pour vivre ? » De cette réponse dépend tout : notre manière d’aimer, de traverser les épreuves, de tenir dans l’espérance. Demandons au Seigneur la grâce de reconnaître en lui la vraie nourriture. Demandons-lui de nous donner faim de sa présence. Et que, nourris de lui, nous devenions à notre tour, pour les autres, un pain de vie, une présence qui rend fort et fait grandir.
Approchons-nous de l’autel du Seigneur
où il se donne dans le pain ;
C’est sa vie qu’il nous offre en partage ;
Son Esprit nous réunit en un seul Corps.
Prenez, mangez, c’est mon Corps livré pour vous !
Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur !
Faites ceci en mémoire de moi !
Soyez mes disciples dès aujourd’hui.
Aimez-vous tous comme je vous ai aimés !
De l’amour de Dieu, soyez les témoins.
Il n’y a pas de plus grand amour
Que donner sa vie pour ses amis.
Interprété par Choeur dans la ville
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À vous la parole
1 commentaire
Rédiger un commentaire« Merci beaucoup frère Philippe Jeannin, vos courts enseignements qui vont à l'essentiel sont tellement clairs qu'ils m'apportent beaucoup.
Notamment celui-ci, je me sens rassurée sur l'état d'esprit qu... »
DURIS MARIE-SOLANGE - 04 juin 2026 - 17:19