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Chers amis, voici que s’ouvre devant nous la grande semaine, la semaine sainte. Elle peut nous impressionner. Car c’est le drame du Christ en croix, offert pour nos péchés qui se déploie en ces jours. Et pourtant, nous n’avons rien à craindre. Mais juste à nous laisser porter. Portés à dos d’ânesse, pour suivre le maître, devant, sur son ânon. 


Voir première lecture, deuxième lecture et psaume

Évangile

Matthieu 21, 1-11

Jésus et ses disciples, approchant de Jérusalem, arrivèrent en vue de Bethphagé, sur les pentes du mont des Oliviers. Alors Jésus envoya deux disciples en leur disant : « Allez au village qui est en face de vous ; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée et son petit avec elle. Détachez-les et amenez-les moi. Et si l’on vous dit quelque chose, vous répondrez : ‘Le Seigneur en a besoin’. Et aussitôt on les laissera partir. »
Cela est arrivé pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète : Dites à la fille de Sion : Voici ton roi qui vient vers toi, plein de douceur, monté sur une ânesse et un petit âne, le petit d’une bête de somme.
Les disciples partirent et firent ce que Jésus leur avait ordonné. Ils amenèrent l’ânesse et son petit, disposèrent sur eux leurs manteaux, et Jésus s’assit dessus. Dans la foule, la plupart étendirent leurs manteaux sur le chemin ; d’autres coupaient des branches aux arbres et en jonchaient la route. Les foules qui marchaient devant Jésus et celles qui suivaient criaient : « Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ! »
Comme Jésus entrait à Jérusalem, toute la ville fut en proie à l’agitation, et disait : « Qui est cet homme ? » Et les foules répondaient : « C’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée. » 

Prédication

Suivez l'ânon
par Frère Franck Dubois
Écouter la prédication

J'ai eu bien peur, bien sûr, pour moi et mon petit. Ces gars surgis de nulle part qui venaient nous détacher. Un vol en somme, ou un emprunt. Mais que voulez-vous, on a ça dans le sang, nous les ânes. On obéit. Fidèlement. Aux êtres humains. Car on fait confiance, n'est-ce pas, aux hommes à qui Dieu a confié toute la création. Alors nous les avons suivis bravement. Moi et mon ânon. Prêts à servir. Comme chaque jour de notre vie. 

Puis je l'ai vu. Ses yeux doux, son visage rayonnant. Le type d'homme qui inspire confiance. Celui que l'on veut suivre et servir. Lorsqu'il se mit à parler, ce fut comme si je reconnaissais une voix ; un verbe clair et limpide qui vous donne d’avancer sur tous les chemins, y compris les plus durs.  

Je m'approchais, un peu craintive. Mais ce n'est pas moi qu'il regarda. Mais mon petit. Lui n'avait jamais encore porté d'homme. Tout jeune. Innocent encore des coups de fouet et de bottes. Pur de toute désillusion. Et un peu gauche, forcément. Mais ça ne m'étonnait guère que pour aller son chemin, ce bel inconnu préférât le plus petit. Comme pour dire : « Voyez, ne craignez pas. J'ai choisi mon parti. Celui des ânons, celui des humbles. » 

Alors j'étais fière. Fière de voir mon ânon couronné par ce prince. Cet homme lui donnait une importance, une dignité dont il n'aurait jamais pu rêver et qu'il ne méritait pas. Comme si Dieu lui-même avait décidé de faire de mon ânon sa monture. Le plus grand se servant du plus petit. La force usant de la faiblesse. Un retournement des choses qu’on attendait sans le savoir. Comme une prophétie soudain réalisée. Comme justice faite aux opprimés. 

Il fallait voir mon petit, ennobli par son hôte, d'un pas majestueux foulant les étoffes, les branchages. Plus fier qu’un cheval. Plus fort que l'étalon. Et moi, derrière, je ne perdais rien de cette glorieuse entrée. Toute la foule en liesse communiait au renversant triomphe de toute humilité... 

Quelques jours après, nous avions repris nos tâches. Mon ânon, plus assuré maintenant. Et moi, heureuse de le voir grandi. Sur le chemin qui mène hors de la ville, nous avons d'abord reconnu sa voix, inoubliable. Il appelait son père en un cri douloureux. Je levais la tête. Il pendait sur le bois. Le maître, ami des humbles. Lui, qui nous dérobant nous avait libérés. Lui, qui nous choisissant nous avait élevés. Il payait maintenant, bien cruellement, pour son audace. Donnant son sang pour le nôtre.

Alors, du haut de la Croix, il m'a regardée. J'aurais tellement aimé le consoler ! Lui parler si j'avais pu, lui offrir mon flanc pour l’enlever à mon tour et le mener au loin, loin des hommes cruels, loin du peuple infidèle. Mais mon maître me battit. « Avance, qu'as-tu à lever les yeux vers ce criminel ? Tu vaux bien plus que lui ! »  

Je m'en voulus d'avoir passé moi aussi mon chemin. Mais alors, doucement, mon ânon s’approcha de moi. Je pris peur à nouveau. Je pensais que l’amertume aurait ravi son cœur. La scène terrible brisant son innocence. Mais non. « Ne crains pas, ô ma mère. Du tréfonds de moi-même, une voix me l’a dit. L'histoire n'est pas close. »

Frères et sœurs, nous le savons, cet ânon n’a pas tort. Suivons-le pas-à-pas au cours de cette semaine.

Chant

La Sagesse éternelle
Écouter le chant

La Sagesse éternelle nous invite au festin ;
Elle a dressé la table et préparé le pain.
Prenez, mangez la Pâque, le pain qui donne vie ;
Prenez, buvez, voici mon Sang, la coupe du salut.

Chantons notre victoire, la Pâque du Seigneur ;
L'Agneau qui nous protège nous ouvre le chemin.
Quittons la servitude où nous tient le péché,
Pour la terre promise où Dieu nous rend la Vie.

Le Christ est notre Pâque, livré pour nos péchés ;
Il a scellé l'Alliance, dans sa chair et son sang.
Nous partageons la coupe et nous rompons le pain,
Proclamant sa victoire : "Gloire au Seigneur qui vient !"

Tu entres dans ta Pâque, Jésus Agneau de Dieu,
Tu quittes notre monde et nous ouvres le ciel.
A toi louange et gloire, Jésus tu es Seigneur :
Fais de nous ton Royaume où Dieu est tout en tous !

Interprété par les Fraternités Monastiques de Jérusalem
Extrait du CD Exultet
℗ ADF-Bayard Musique

Musique de Bach

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À vous la parole

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