Frère Luc Devillers
Couvent Saint-Thomas-d'Aquin à Lille
Frère Luc Devillers
Couvent Saint-Thomas-d'Aquin à Lille
“Il y a un mois, le pape Léon est venu chez nous. Depuis son élection, il ne cesse de plaider pour « une paix désarmée et désarmante ». L’évangile de ce dimanche nous le rappelle : notre foi est fondée sur un unique amour à deux faces : l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Et ce prochain, c’est tout être humain que le Christ a rejoint par sa venue dans notre monde. Au seuil de cette Eucharistie, nous qui sommes pécheurs, accueillons avec joie le don de sa miséricorde.
Évangile
Matthieu 22, 34-40
En ce temps-là, les pharisiens, apprenant que Jésus avait fermé la bouche aux sadducéens, se réunirent, et l’un d’entre eux, un docteur de la Loi, posa une question à Jésus pour le mettre à l’épreuve : « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? »
Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. »
Dans l’évangile, Jésus nous livre ce secret : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Les Pères de l’Église nous l’ont souvent dit : « Dis-moi comment tu aimes ton prochain, je te dirai comment tu aimes ton Dieu. » Car Dieu ne se satisfait pas d’un monde sans amour. Cela le met en colère. Or, comment aimer un Dieu en colère ?
Mais qui, parmi vous, croit que notre Dieu peut se mettre en colère ? La Bible parle de sa colère, mais c’est parce que, pour rendre compte de ce qu’il est pour nous, nous n’avons à notre disposition que nos pauvres mots humains. Et ces mots parlent de nous, si souvent égocentrés et jaloux. Alors, rien d’étonnant si nous avons tendance à nous représenter Dieu à notre image. Comme le disait Voltaire en se moquant de l’Église : « Dieu a créé l’homme à son image, et l’homme le lui a bien rendu ! »
Heureusement, Saul, le pharisien tout feu tout flamme qui voulait « casser » du chrétien, a été retourné comme une crêpe lors de son voyage vers Damas. Il a rencontré le Ressuscité, et compris qu’il se reconnaissait dans ses disciples, qu’il faisait corps avec eux : « Je suis Jésus, celui que tu persécutes » (Ac 9,5 ; 22,8 ; 26,15). Il a appris que Jésus avait donné sa vie sur la croix pour nous libérer de nos fautes et nous ramener vers Dieu. C’est pourquoi il a osé écrire aux Thessaloniciens que Jésus « nous délivre de la colère qui vient ».
Dans l’Antiquité, beaucoup de religions se représentent les dieux comme des sortes d’humanoïdes habités par les meilleurs et les pires sentiments. Mais si la foi d’Israël, dont nous avons hérité, n’a pas totalement oublié la colère de Dieu, elle n’en parle que pour en atténuer l’intensité. Israël exprime dans les psaumes que « le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour » (Ps 102,8), et que « sa colère ne dure qu’un instant, mais sa bonté toute la vie » (Ps 29,6). Pour Dieu, la colère n’a pas le dernier mot : seul l’amour demeure, puisque « Dieu est amour » (1 Jn 4,8.16).
Et s’il reste un peu de colère dans les pans du manteau dont nous affublons notre Dieu, cela n’a rien à voir avec une violence mal contenue, une sorte de méchanceté qui aurait besoin de s’exprimer en certaines occasions, presque au hasard. Non. C’est parce que Dieu se solidarise avec tous les exclus et méprisés : l’immigré, la veuve, l’orphelin, le pauvre sans vêtements. Le livre de l’Exode le dit clairement : « Tu n’exploiteras pas l’immigré, tu ne l’opprimeras pas, car vous étiez vous-mêmes des immigrés au pays d’Égypte. Vous n’accablerez pas la veuve et l’orphelin. Si tu les accables et qu’ils crient vers moi, j’écouterai leur cri. Ma colère s’enflammera et je vous ferai périr par l’épée […] Si le pauvre crie vers moi, je l’écouterai, car moi, je suis compatissant ! »
Pour parler de Dieu et l’aimer en vérité, le maître mot ne doit pas être la colère mais la compassion, la miséricorde, l’amour. Un amour non exclusif, pas réservé à une certaine catégorie d’êtres humains : ni seulement à Israël, son « fils premier-né » (Ex 4,22), ni seulement aux disciples de Jésus, ni non plus aux seuls croyants de toute religion. Mais un amour porté au « prochain », c’est-à-dire à chaque être humain, créé à l’image de Dieu. Et Dieu attend que nous le reconnaissions et le servions dans les pauvres.
En cette année du 800ᵉ anniversaire de la mort de saint François d’Assise (3 octobre 1226), rappelons-nous son « baiser au lépreux » : cette expérience exceptionnelle lui a fait prendre conscience de l’amour radical et inconditionnel de Dieu pour notre humanité, spécialement dans ce qu’elle a de plus fragile.
« Dis-moi comment tu aimes ton prochain, je te dirai comment tu aimes ton Dieu » : à nous d’en tirer la leçon qui s’impose.
Ô Vrai corps de Jésus,
Immolé pour nous sur la croix,
Toi dont le côté transpercé
laissa jaillir le sang et l’eau,
nous t’adorons, nous te contemplons,
fais nous goûter la joie du ciel
maintenant et au combat de la mort.
Ô doux Jésus, Ô fils de Marie,
Nous t’adorons et nous te contemplons,
Ô doux Jésus.
Interprété par Choeur dans la ville
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À vous la parole
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