Frère Benoît-Marie Florant
Couvent Saint-Thomas-d'Aquin à Lille
Frère Benoît-Marie Florant
Couvent Saint-Thomas-d'Aquin à Lille
“Ce dimanche matin, nous nous présentons devant Dieu les mains pleines de ce qui a rempli nos vies la semaine passée, nos joies et nos difficultés, notre labeur et nos réussites. Nous arrivons l’esprit chargé de projets, de soucis à porter comme le poids du jour. Notre Dieu ne nous demande pas une contribution, une compensation pour son action créatrice et re-créatrice. Il nous demande simplement de nous présenter à lui, tels que nous sommes, intégralement, humblement.
Évangile
Matthieu 22, 15-21
En ce temps-là, les pharisiens allèrent tenir conseil pour prendre Jésus au piège en le faisant parler. Ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des partisans d’Hérode : « Maître, lui disent-ils, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le chemin de Dieu en vérité ; tu ne te laisses influencer par personne, car ce n’est pas selon l’apparence que tu considères les gens. Alors, donne-nous ton avis : Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César, l’empereur ? » Connaissant leur perversité, Jésus dit : « Hypocrites ! pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? Montrez-moi la monnaie de l’impôt. » Ils lui présentèrent une pièce d’un denier. Il leur dit : « Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? » Ils répondirent : « De César. » Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »
« Rendez à César ce qui est à César – littéralement, les choses de César à César – et rendez à Dieu ce qui est à Dieu. »
Avouez qu’en cette année électorale en France, nous sommes tentés d’interpréter la sommation de Jésus comme le tracé d’une frontière, l’insertion d’une membrane étanche, entre le sacré et le profane, entre le politique et le religieux.
Beaucoup d’ailleurs ont tenté de le faire. Que ce soit les anticléricaux, il y a cent ans, qui se méfiaient du vote des femmes et de leur souci de prendre en compte l’Évangile et leur foi chrétienne dans la vie publique ! Ou même nous, les chrétiens, qui, par sécurité, confort ou lâcheté, mettons parfois une limite à l’influence de l’Évangile dans notre vie, comme s’il y avait des pans de nos existences que nous voudrions tenir à distance de l’irradiation divine…
Les trois évangiles synoptiques rapportent cet épisode dans le même contexte. Nous sommes à Jérusalem, sous l’autorité de l’occupant romain. Et voilà que Jésus vient d’entrer triomphalement dans la ville : quelle menace !
Jésus, quel messie prétends-tu être ? Viens-tu concurrencer, ou même renverser l’autorité civile ? Telle est très probablement la préoccupation des auditeurs de Jésus il y a deux mille ans. Et pour nous aujourd’hui, la question n’est pas si différente : Jésus, quel empire auras-tu sur nos vies ? Y a-t-il une limite à ton autorité sur nous, sur nos pensées et nos comportements ?
Le grand Saint Augustin nous rappelle, en commentant cet évangile, que si l’effigie de César est imprimée sur le denier d’argent qui servira à l’impôt, c’est l’image même de Dieu qui est imprimée en nous par création et encore davantage par le baptême.
« Rendez à Dieu les choses de Dieu » a une extension maximale. Nous lui remettons tout, à lui de qui relèvent tous les empires. Bien sûr, l’organisation de notre âme, notre louange et notre adoration, mais encore tout ce que nous faisons pour que notre monde progresse en justice et en paix.
Tout pouvoir vient de Dieu. La tradition biblique en témoigne solidement. Au point qu’elle nomme le roi païen Cyrus “messie du Seigneur”, et donc collaborateur du seul maître de l’histoire. Elle ne nous révèle pas que le pouvoir humain est absolu, ni que l’action de Dieu dans le monde est limitée. Dans cette configuration, le chrétien doit donner tout pouvoir à Dieu dans tous les aspects de sa vie.
La distinction entre autorité divine et autorité civile est utile pour respecter la diversité des croyances. Mais elle ne nous exempte pas à nous impliquer dans le champ politique pour y faire progresser la justice et la paix, à la manière du Christ. La raison en est que le sceau de la ressemblance divine posé en toute femme, en tout homme par l’acte créateur de Dieu fonde la dignité particulière de toute personne humaine.
Ce n’est donc pas un hasard si l’on trouve des chrétiens sur les brèches, sur les fractures de l’humanité, partout où est menacée cette dignité particulière, partout où le sceau de la ressemblance divine est abîmé.
Nous allons continuer la célébration de cette messe par le mémorial de l’Eucharistie, par lequel nous allons déposer notre existence entre les bras du Crucifié. Il les portera à son Père avec sa propre vie. Là est le vrai tribut que nous versons à Dieu : l’humble offrande de nos vies, de notre travail, de notre préoccupation, pour qu’il les transfigure.
Notre Père qui es aux cieux,
Que ton nom soit sanctifié,
Que ton règne vienne,
Que ta volonté soit faite
Sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd'hui
Notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses
Comme nous pardonnons aussi
À ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous laisse pas entrer en tentation,
Mais délivre-nous du mal.
Car c’est à toi qu’appartiennent
Le règne, la puissance et la gloire
Pour les siècles des siècles.
Amen
Interprété par les Fraternités Monastiques de Jérusalem
Extrait du CD Cantate Jerusalem
℗ ADF-Bayard Musique
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