Frère Jean-Baptiste Régis
Couvent Saint-Thomas-d'Aquin à Lille
Frère Jean-Baptiste Régis
Couvent Saint-Thomas-d'Aquin à Lille
“Nous sommes tous confrontés au pardon. Soit parce que nous avons à le recevoir, soit parce que nous avons à le donner. Il n’est jamais simple de pardonner ou d’être pardonné. Pourtant, le pardon est le signe que le Royaume de Jésus est venu jusqu’à nous et que nous y participons.
Évangile
Matthieu 18, 21-35
En ce temps-là, Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander : « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? » Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois.
Ainsi, le royaume des Cieux est comparable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. Il commençait, quand on lui amena quelqu’un qui lui devait dix mille talents (c’est-à-dire soixante millions de pièces d’argent). Comme cet homme n’avait pas de quoi rembourser, le maître ordonna de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tous ses biens, en remboursement de sa dette. Alors, tombant à ses pieds, le serviteur demeurait prosterné et disait : ‘Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout.’ Saisi de compassion, le maître de ce serviteur le laissa partir et lui remit sa dette.
Mais, en sortant, ce serviteur trouva un de ses compagnons qui lui devait cent pièces d’argent. Il se jeta sur lui pour l’étrangler, en disant : ‘Rembourse ta dette !’ Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le suppliait : ‘Prends patience envers moi, et je te rembourserai.’ Mais l’autre refusa et le fit jeter en prison jusqu’à ce qu’il ait remboursé ce qu’il devait. Ses compagnons, voyant cela, furent profondément attristés et allèrent raconter à leur maître tout ce qui s’était passé.
Alors celui-ci le fit appeler et lui dit : ‘Serviteur mauvais ! je t’avais remis toute cette dette parce que tu m’avais supplié. Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ?’ Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il eût remboursé tout ce qu’il devait.
C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur. »
Sommes-nous vraiment capables de faire ce que Jésus nous demande de faire ? Il est possible d’en douter. Voici un roi qui prend l'initiative de remettre, sans condition, une dette énorme à son serviteur insolvable qui le suppliait. À cause de cette remise de dette dont il a bénéficié, le roi attend de lui qu’il fasse preuve de la même générosité envers son compagnon de service. Cela veut dire que le roi demande à ses serviteurs de pardonner à l’infini, avant même que leurs débiteurs regrettent leurs fautes et demandent pardon. Donc, pour Jésus, nous devons être capables de pardonner indéfiniment et sans condition. Quelle exigence ! Pourtant, cet évangile demeure une bonne nouvelle. Essayons de voir comment.
Le pardon vient d’abord du roi, c’est-à-dire de Dieu. Le roi est saisi de compassion. Et, dans sa miséricorde, il remet la dette à son serviteur. Mais le roi met ce serviteur en prison parce qu’il n’a pas su pardonner à son tour, c’est-à-dire que le serviteur perd le pardon qu’il a reçu s’il ne le transmet pas à son tour. Voilà un trait qui met en lumière un aspect des dons que nous recevons de Dieu. L’amour de Dieu est premier. Ses dons sont gratuits. Mais ceux-ci portent du fruit en nous à mesure que nous les partageons. Il en va du pardon comme de toutes les grâces reçues. Notre humanité s’accomplit dans le partage de ce que nous avons reçu avec nos frères et sœurs.
Et des talents, nous en avons ! C’est 60 millions de pièces d’argent que le roi remet à son serviteur quand il lui demande d’en remettre 100 seulement à son compagnon. Mais ces 100-là auraient suffi à faire fructifier les 60 millions. N’ayons pas peur de donner, de nous donner, même un tout petit peu. C’est alors que nous découvrirons la richesse de ce que nous avons reçu. Plus nous aimons, plus l’amour de Dieu en nous devient manifeste.
Une autre bonne nouvelle nous est révélée par cette parole du roi : « Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ? » Pour le roi, le serviteur et son compagnon sont également dignes de recevoir le pardon. Le roi est saisi de la même miséricorde envers l’un comme envers l’autre. Dieu ne fait pas de distinction parmi ses enfants. Et s’il nous demande de nous aimer et de nous pardonner les uns les autres, c’est parce que lui le fait sans mesure envers tous. C’est ainsi que pour pardonner, nous ne sommes pas seuls. C’est Dieu qui pardonne le premier et nous qui, avec son aide, offrons ce que nous avons nous-mêmes reçu.
Alors sommes-nous capables de pardonner comme Jésus nous le demande ? Sans lui, non. Mais avec lui, oui, car c’est de son Royaume qu’il s’agit. Et son Royaume est venu jusqu’à nous.
Ô mon cœur, te rends-tu compte,
de Celui qui vient aujourd’hui chez toi ?
Ce Roi de gloire qui a donné sa vie,
pour te nourrir de son Eucharistie ?
Ô mon cœur, te rends-tu compte,
qu’Il n’est là, rien que pour toi ?
Je me prépare à sa venue
comme une épouse pour son époux,
Je vais à sa rencontre, je l’invite et le reçois.
Mon âme emplie d’amour s’épanouit
en action de grâces.
Le voici le Roi des rois,
le Seigneur des seigneurs !
Et je m’approche de toi, Ô source de miséricorde,
Je sens dans mon âme tout l’abîme de ma misère,
Je me plonge tout entière dans ton océan d’amour,
Le voici le Roi des rois,
le Seigneur des seigneurs !
Jésus, hâte-toi de venir pour me transformer en Toi,
Je veux être une hostie offerte à ton amour,
Brûler en ton honneur et vivre dans la confiance,
Le voici le Roi des rois,
le Seigneur des seigneurs !
Interprété par Choeur dans la ville
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